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Solidarité Haïti
Vivre pour ne pas mourir
25/08/2010

Hubert Delroise, collaborateur de la CDC
et volontaire en Haïti, s’est rendu à
Port-au-Prince du 26 juin au 2 juillet 2010.
Il livre ici ses chroniques.

... Le tremblement de terre du 12 janvier ayant très largement endommagé la maison des volontaires
de Delmas 31, où je me rends systématiquement
lors de mes voyages en Haïti, je serais logé durant
mon séjour à Port au Prince, à Sanfil.

Sanfil est ce que les Sœurs missionnaires de la charité appellent "Home for dying and destitute", un mouroir. L’ambiance est étrange en ce lieu, des enfants principalement tuberculeux et malades du sida, jouent au football dans la cour avec une vieille bouteille d’eau en guise de ballon, d’autres patients se protègent du soleil à l’ombre de bananiers et de flamboyants en écoutant un air de Compas à la radio.

Dans les quatre grands dortoirs de cette large maison fissurée de toute part, l’ambiance est différente. Des hommes et des femmes décharnés patientent en souffrant. De ces frêles silhouettes allongées dans les lits, on ne voit souvent que deux grands yeux noirs sur un visage émacié. Lorsque l’on parle à ces hommes, à ces femmes et à ces enfants, chacun vous raconte des histoires sordides de mort, de solitude, d’abandon. Dans leur bouche, le séisme du 12 janvier n’est qu’un incident qui s’est ajouté à la catastrophe qu’ils connaissent depuis des générations. De l’avenir, ils n’ont qu’une vague idée.
Un seul projet les porte : vivre pour ne pas mourir.

Un coup de tonnerre déchire le ciel chargé de lourds nuages gris. L’orage qui apportera un peu de fraicheur est proche...


... Il était précisément 18 heures lorsque le ciel s’est ouvert, déversant pendant près de deux heures des milliers de litres d’eau. Dans la chapelle dans laquelle elles s’étaient réunies pour leur office du soir, on n’entendait rien du chant des religieuses. Le fracas de la pluie qui s’abattait sur les tôles du toit couvrait tout, ni les éclairs ni le grondement du tonnerre ne parvenaient à faire vaciller les religieuses dans leur union avec Dieu.

Vers 19 heures, j’ai quitté Delmas où se trouve le dispensaire des enfants, aujourd’hui détruit, pour retourner à Sanfil.

Désolation du spectacle de la ville, noyée sous des torrents de boue. De toute part des gravats jonchent les rues dans l’attente d’un enlèvement hypothétique. Des camps de tentes immenses se sont constitués. Port au Prince peine à se relever du séisme qui l’a très largement détruit le 12 janvier 2010. Les habitants de la capitale haïtienne ont repris un semblant de vie au milieu d’un champ de ruine.

Dans les rues traversées à la hâte, souvent des regards s’arrêtent sur moi semblant me dire : "et maintenant ?" Notre véhicule file. Sans réponse…



... Au milieu de la cour de Sanfil, un jeune homme m’interpelle : "Blanc... li... allé…"

Dans le dortoir "Sainte Bernadette" du dispensaire, un nouvel homme vient de mourir, emporté par le SIDA. Déjà hier au soir le glas avait sonné vers 19 heures et après chaque coup de cloche un enfant disait "mort", sachant parfaitement la signification de cette sonnerie lugubre.

Ce n’est pourtant pas la discussion qui animait la cour du mouroir depuis hier. Les échanges allaient bon train, chacun avait son opinion, une tendance se dégageait, comme une évidence.

Ce vendredi à Sanfil est consacré à la distribution alimentaire. Une centaine de femmes et d’hommes sont amassés dans l’entrée, ils attendent patiemment qu’on leur donne de la nourriture, riz, huile, farine, lait et quelques habits. Ils sont arrivés tôt le matin, ils portent sur eux fatigue et misère. Ils sont touchants dans leur simplicité et leur politesse extrême. Ils ne savent rien des drames qui se jouent en ce lieu, des cadavres transportés dans un linceul blanc vers la petite morgue aux murs écrasés de lumière. Ils ne savent rien de cette femme qui vient de s’effondrer devant le corps décharné de son mari qui vit ses derniers instants.

Comme les résidents de Sanfil, le seul sujet qui les préoccupe aujourd’hui c’est le nombre de but que la sélection brésilienne de football parviendra à marquer à l’équipe de Hollande. L’Haïtien vit d’espoir...




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