

26/02/2010
Concrètement notre action consiste à soutenir l’engagement des Sœurs missionnaires de la charité de Mère Térésa sur le terrain, en envoyant à leurs côtés des médecins et infirmières, en leur faisant parvenir du matériel médical.
Lorsque le 12 janvier, j’ai appris que la terre avait tremblé dans ce petit pays des Caraïbes en causant de terribles dégâts, j’ai souhaité partir au plus vite, afin d’évaluer les besoins de nos interlocuteurs sur place et organiser au mieux notre aide.
Je suis donc parti pour Port au Prince le 28 janvier 2010, une fois passée la phase de l’extrême urgence. La situation sur place est terrifiante. La ville est comme retournée par le souffle d’une bombe nucléaire, certains immeubles sont transformés en mille-feuilles, d’autres semblent avoir été concassés par d’énormes broyeuses. Cette situation n’est pourtant pas uniforme dans toute la capitale, certains quartiers ont été épargnés, d’autres et notamment l’hyper centre, sont presque totalement détruits.
Au-delà de ces éléments qui frappent en premier l’œil de celui qui rentre dans Port au Prince, très rapidement l’on prend conscience qu’Haïti vit une catastrophe humanitaire hors du commun. Par son effet dévastateur, le séisme du 12 janvier a jeté à la rue des centaines de milliers de personnes (ils seraient près d’un million de sans abri), et la capitale haïtienne regorge de camps de fortune, plus ou moins élaborés. Le séisme a par ailleurs eu pour effet d’anéantir le maigre système économique existant (plus de 50% de la population vivait avant le 12 janvier avec moins de 1 USD par jour, soit dans l’extrême pauvreté) ainsi que l’accès normal à la nourriture et à l’eau.
De toutes parts dans Port au Prince monte une clameur « Mwen grangou, mwen swaf », la population est en quête d’eau et de nourriture, par tout moyen, pacifique ou parfois plus violent. Enfin, le terrible tremblement de terre qui a soufflé la ville (au-delà des 212 000 morts officiellement comptabilisés combien sont sous les décombres des quartiers qui n’ont jamais vu aucun secours) a eu pour conséquence de créer d’effroyables blessures sur les individus. La ville ne compte plus les hommes, les femmes, les enfants qui ont été gravement blessés ou amputés à la hâte ou brulés par le feu d’un foyer devant lequel ils se trouvaient.
Ce qui m’a le plus marqué c’est sans doute la situation de ces orphelins du 12 janvier, tous ces enfants que j’ai vu totalement seuls, ou avec un frère ou une sœur et qui m’ont dit, résignés : « Papa mori, maman mori »…Pendant un peu plus d’une semaine, j’ai eu le bonheur de pouvoir m’impliquer aux côtés de cette population haïtienne en intervenant avec les Sœurs missionnaires de la charité de la Bienheureuse Mère Térésa de Calcutta.
Ces Sœurs, qui s’occupaient jusqu’au séisme de trois dispensaires dans la Capitale en soignant en continu plusieurs centaines de malades souffrant de malnutrition, atteints de la tuberculose ou du SIDA, travaillent désormais pour l’urgence du moment. Leur mission première consiste aujourd’hui à nourrir et donner à boire à plus de 1000 personnes par jour, elles soignent aussi les blessures physiques de la catastrophe de plusieurs dizaines de patients au quotidien. De mon côté, j’ai principalement accompagné les religieuses dans des distributions alimentaires. J’ai joué un rôle d’intermédiaire notamment avec les services de l’ambassade de France qui a accepté de fournir un important matériel, avec les représentants de l’OMS et certains pourvoyeurs de biens particulièrement utiles en cette période (notamment les tentes apportées sur place par le Rotary international).
Le 06 février, j’ai quitté Haïti, le cœur triste de laisser un pays qui semble souvent abandonné de tous. Je sais bien sûr que j’y reviendrai dans quelques mois pour participer à la reconstruction aux côtés des sœurs, une fois passée cette phase aigüe.En quittant ce pays, de nombreuses images ont défilé dans ma tête. Une restera à mon esprit…
Au dessous du couvent tenu par les missionnaires de la charité, se trouve une petite école primaire, aujourd’hui désertée de ses élèves. Curieux, je suis rentré dans les six classes qui sont encore debout autour d’une cour de récréation écrasée par le soleil. Je voulais voir comment le temps s’était arrêté là. Dans une des classes, sur le tableau noir est écrit « Mardi 12 Janvier » puis « Dieu vous garde » puis « Pour demain, Punition vous copierez 100 fois, je dois apprendre correctement mes leçons ».
Je ne sais pas si Dieu les a gardés tous, ce qui est certain c’est que les enfants de la classe n’auront pas eu à copier leurs lignes…
Hubert Delroise
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